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Migrants venant d’Europe et le Moyen Orient

Marino : Est-ce qu’il faut être pauvre pour rester catholique ?

1956 de Sardaigne (Italie) à Reims (Marne, France) en passant par la Moselle et Aulnay

22 janvier 2010, par Michel Séonnet

Publié dans Le vent vivant des peuples (Créaphis, 2006)

L’entreprise qui l’a recruté est venue le chercher dans son village de Sardaigne. Ça se passe très vite. Un homme vient. Il fait savoir qu’il a besoin de tant et tant de bras. Ils sont plus de cinquante à faire la queue. La visite médicale permet de faire le tri. Quelques jours après – par bateau et par train – ils partent pour la France. La Moselle, on leur dit. Va pour al Moselle. Quand ils arrivent, on les regroupe dans un centre d’accueil où vivent déjà des Espagnols.

Le contrat impose qu’ils restent un an dans l’entreprise qui les a recrutés. Il reste un an. Mais on parle beaucoup entre ouvriers (entre Italiens et Espagnols, on arrive à se comprendre). Il entend dire que chez Citroën, à Aulnay, près de Paris, on embauche avec de bien meilleurs salaires. Qu’est-ce qu’il risque ? Il y va. Il réalise bien vite que la différence du coût de la vie réduit à néant les espoirs de vivre mieux. Il refait sa valise, rentre en Italie, mais, une fois qu’il est marié, revient encore plus obsédante la question de trouver du travail. Pas d’autre solution que repartir. A Reims, cette fois, où vivent déjà son père et son frère.

Il est maçon. Il gagne assez pour faire venir sa femme. Elle pleure beaucoup quand elle arrive. Le froid, la langue qu’elle ne connaît pas, la famille qui lui manque. En Italie elle était couturière, ici elle n’a pas de travail. Heureusement, ils font la connaissance d’un couple d’Espagnols avec qui ils deviennent amis. Ils se voient presque tous les dimanches. Elle se sent moins seule. Surtout quand son mari part travailler dans les mines en Allemagne. Il dit que c’est un travail qui paie bien. Il voudrait que sa femme le rejoigne, mais elle ne veut pas qu’il continue, dit que c’est un travail trop dangereux.

Alors il revient en France, reprend son métier de maçon, à Reims. Cette fois, ils s’installent vraiment. Emménagent dans un HLM où ils sont vite rejoints par d’autres membres de la famille. Le travail marche bien. Il devient chef de chantier. Maintenant ils peuvent acheter leur propre maison, plus question de repartir. Les enfants les retiennent qui, d’ailleurs, ne parlent même pas italien. On leur a dit que c’était mieux pour leur intégration s’ils ne leur parlaient qu’en français. Ils le regrettent.

S’ils ont fini par demander la nationalité française, c’est surtout par sécurité, de peur d’être expulsés si un jour il y avait une guerre. Leurs enfants se sont presque tous mariés avec des Français. Eux font partie d’une association franco-italienne, mais ça n’intéresse plus les enfants. Depuis qu’ils ont la parabole ils regardent souvent la télévision italienne, mais ils réalisent qu’ils ne connaissent plus leur langue maternelle : elle a évolué, s’est enrichie de nouveaux mots qu’ils ne connaissent pas. Autrefois, la religion était aussi quelque chose qui les reliait à leur culture, mais, ici, ils sont influencés par l’entourage qui n’est pas catholique. Est-ce qu’ils ne faut pas être pauvre pour rester catholique ?


 

 

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