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Migrants from North & South America
Domingo: Blessures de guerre et de vie 1970 De Braga (Portugal) à Châlons-en-Champagne (Marne, France) en passant par la Guinée-Bissau et Paris
22 January 2010, by Michel Séonnet
Publié dans Le vent vivant des peuples (Créaphis, 2006)
De ses deux ans de guerre en Guinée-Bissau, il garde un tatouage sur le bras, et une blessure à la cuisse. Des mois très durs. Sans revenir une seule fois au pays. Il est dans un dans un poste toujours au contrat avec les rebelles, beaucoup de morts autour de lui. Il s’en sort. Rapatrié quand il est blessé. Quand il revient à l a vie civile, c’est quelques mois comme maçon chez lui à Braga. Il se marie. Et se décide à partir en France pour vivre un peu mieux. Il a un faux passeport. Il passe sans encombre. Son frère est déjà là, maçon à Paris. A peine arrivé, il travaille. Et quand le frère part travailler à Châlons, il le suit. Chez Poulet. Une grosse entreprise qui construit des immeubles dans toute la région.
Maintenant, il peut faire venir sa femme et sa fille. Au début, ils ont une chambre chez le frère, puis ils finissent par obtenir un logement en HLM. Dès que la petite va à l’école, sa femme trouve du travail chez Loustral, une entreprise de ménage. Il va d’un patron à l’autre. Travail à la tâche, à La Ferté-Gaucher, même le patron trouve qu’il en fait trop, ça lui coûte trop cher. Il construit des silos, chantier vingt-quatre heures sur vingt-quatre, coffrage coulissant que l’on monte au fur et à mesure, pas possible d’arrêter tant que ce n’est pas fini. Il monte des Intermarché dans toute la région, beaucoup de déplacements, c’est fatigant, mais ça ne dure pas, l’entreprise et en faillite. Il est mis en préretraite. Mais le drame, c’est la mort soudaine de sa fille unique, rupture d’anévrisme, elle a juste vingt ans, il ne s’en remet pas. Tous les jours il va au cimetière. Et pour s’occuper, c’est le local de l’association portugaise. Avec sa femme, il tient le bar, des fois elle fait à manger. Ils ont un appartement au Portugal, pour les vacances. Mais qu’est-ce qu’ils iraient faire là-bas ? Leur fille est enterrée ici, ils restent ici.
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